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Albert Duprat, ou le portrait ordinaire d’un républicain extraordinaire

Il était prévu de longue date de faire le portrait d’Albert Duprat dans les colonnes du prochain journal municipal Vivre Uzerche. Mais la vie en a décidé autrement, et Albert Duprat est parti trop tôt. Alors, parce qu’il aura marqué tous ceux qui ont eu la chance de l’approcher, la rédaction a choisi d’évoquer la vie de cet homme exemplaire, et en attendant la distribution du journal dans les boîtes aux lettres uzerchoises, en voici la version numérique.

Albert est né le 8 décembre 1921 à la Porcherie, de Louis et Margueritte, commerçants ambulants de vêtements. Raymonde, sa petite sœur, le suit de près. Le jeune Albert a une enfance calme et sans histoire au cours de laquelle, élève à Limoge, il passe le certificat d’études, avant de s’engager à 14 ans dans une formation de boulanger-pâtissier. Une vie de labeur semble toute tracée pour Albert. Mais c’est sans compter sur la déclaration de guerre. Conflit qui fut le plus meurtrier de toute l’histoire de l’humanité avec 60 à 80 millions de morts. Du haut de ses 17 ans, Albert s’engage dans la bataille, avec la ferme intention de rejoindre l’Angleterre. Mais rapidement, sur dénonciation, le jeune résistant est envoyé au camp de Buchenwald : le convoi, parti de Compiègne le 28 octobre 1943, transporte 935 hommes. Seule une petite moitié rentrera. À son arrivée à Buchenwald, on lui attribue le matricule 30477, qu’il portera durant 2 années terribles…
À son retour, ses poumons abîmés par la détention ne peuvent pas supporter la poussière de la farine. L’avenir professionnel auquel il s’était préparé s’efface donc, et Albert décide donc d’embrasser la même carrière que son père : il devient marchand forain et vend des tissus et de l’ameublement sur les foires et marchés de Corrèze et Haute-Vienne. Si les camps ne lui permirent pas d’être artisan, ils firent de lui un commerçant avisé : en 1952, il achète un commerce à Uzerche, avenue de Paris. Pour autant, il continue les foires, et arrive à en faire deux par jour, travaillant sans relâche, souvent avec son père.
Mais le retour à la vie de ce survivant de Buchenwald est aussi marqué par la rencontre, en mai 1945, avec Simone, toute jeune fille de 19 ans. Dès le premier regard, Albert est sous le charme : mais après 2 ans à Buchenwald, faire la cour paraît dérisoire au jeune homme qui a déjà perdu tant de temps dans ce camp, où la vie s’évaluait en jour. Alors il lui propose directement de sortir avec lui. Mais la belle a les pieds sur terre et le sens de la répartie : « je ne suis pas une fille à regarder les fleurs à l’envers » lui rétorque-t-elle.
Le jeune Albert prend donc son mal en patience, et finit par conquérir le cœur de la belle qu’il épousera un an après, le 10 août 1946. Jean-Louis et Marie-France naîtront de cette union.

Une vie rythmée par la déportation

Toute la vie d’Albert sera rythmée par la déportation, sa deuxième famille. Au point qu’Albert souhaitait que sa fille porte le nom de son pays. Pays auquel il avait donné ses plus belles années ; pays dont il reverrait le drapeau ; pays dont il entonnait l’hymne national à chacune des cérémonies commémorant la fin de la guerre auxquelles il participait bien volontiers jusqu’à son dernier souffle, pour que l’on n’oublie ni l’honneur, ni la patrie, ni le civisme, ni la victoire. Mais Simone ne céda pas. Ou qu’à moitié : ce serra Marie-France !
En amitié aussi, Buchenwald avait laissé des traces indélébiles : celles des amis qui vous ont sauvé la vie. Une poignée de pommes de terre distribuée un jour en cachette qui permettent de ne pas mourir de faim et de supporter le travail ; quelques mots chuchotés à l’oreille expliquant que demain vous serez jeté dans un train partant pour Dachau, le camp d’où l’on ne revient pas. Ces amitiés-là, dans cet univers où la bestialité régnait en maitre, étaient la dernière petite lueur d’espoir, d’humanité, qu’il restait.
Une fois à la retraite, Albert qui ne peut rester sans travailler s’implique plus que jamais dans les associations d’anciens déportés : il organise des voyages en Allemagne de l’Est pour faire découvrir les camps, se bat pour que les Allemands ne les fassent pas disparaître, se lie avec le ministre de la Culture chargé de leur préservation et va même dans les écoles raconter les camps aux enfants pour que cela ne se reproduise plus jamais. À chaque cérémonie au Monument aux morts, il est là, arborant fièrement ses médailles de guerre.
Le combat mené par Albert Duprat, chaque jour sans relâche depuis sa sortie du camp de Buchenwald, pour les valeurs de la République, le respect de la démocratie et l’humanisme ne pris jamais fin. Il avait compris, bien avant l’heure, la fragilité de la liberté et le rôle de la mémoire pour lutter contre le fanatisme.
S’il n’est malheureusement plus de ce monde, Albert Duprat et son combat resteront assurément gravés dans la mémoire de bon nombre d’Uzerchois qui ont eu l’honneur de faire un bout de chemin à ses côtés.

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