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Portrait : Francis Sarnette, ou l’école de la vie

Francis Sarnette, jeune retraité
À l’heure où les enfants reprennent le chemin de l’école, voici le portrait d’un homme qui part, lui, en (très) grandes vacances, après avoir passé à l’école… 52 années de sa vie ! Un pied de nez un brin malicieux, qui sied si bien à Francis Sarnette, ancien directeur du Groupe scolaire des Buges d'Uzerche.
C’est au cœur du Vaucluse, au milieu des années cinquante, à Cavaillon, que le père de Francis, qui est originaire du coin, et sa maman corrézienne, fondent leur foyer. Et c’est tout naturellement au pays du melon, sous le soleil de la Provence, que Francis voit le jour. Bien que la région ne manque pas d’attraits, les atouts corréziens sont les plus forts : en plus d’aimer une Corrézienne, papa Sarnette aime également la région d’origine de sa femme. La petite famille décide donc de s’installer, alors que le jeune Francis n’a qu’un peu plus de deux ans, à Mazières d’où sa mère est originaire. Son père exerce alors comme chauffeur-livreur à Brive, et pendant ce temps, Francis, lui, use ses fonds de culotte sur les bancs de l’école de Donzenac. Il n’est pas mauvais élève d’ailleurs, et du coup suit une scolarité relativement tranquille. Il enchaîne les années sans se poser trop de questions, et passe son bac scientifique tout aussi tranquillement… Et comme l’école ne marche pas trop mal, il continue avec la faculté de droit, et fait en parallèle, pour arrondir les fins de mois, le “pion” à Cabanis, établissement qu’il a fréquenté durant le collège et le lycée. Est-ce cette expérience qui émoustillera le désir d’enseigner du jeune Francis ? Lui-même ne sait pas vraiment d’où lui vient cette vocation, mais deux ans plus tard, il sort de l’école normale de Tulle, formé pour faire la classe… et part à l’armée.

Pendant un an, en guise de service militaire, Francis Sarnette continue à jouer les surveillants : il surveille les dortoirs de l’école militaire et encadre les activités parascolaires. Sa vie professionnelle décolle enfin à la sortie de l’armée. En guise de mise en bouche, Francis Sarnette commence sa carrière par 6 ans de classe unique à Tarnac, Albignac ou encore Saint-Setier. De ces années où il devra apprendre à gérer tous les niveaux scolaires de la maternelle au CM2 dans une seule et unique classe, il dit aujourd’hui qu’elles lui ont appris le métier. Étant le seul enseignant dans ces écoles, forcément, il en est aussi le directeur. Poste qu’il occupera également durant 22 ans à Uzerche, où près de 900 élèves lui sont passés entre les mains. C’est dire s’il est connu des Uzerchois ! Mais, bien que né parmi les melons, Francis a toujours refusé de le prendre (!) : il a su garder une grande humilité, valeur essentielle à ses yeux.
Au cours de ces années d’enseignement, avec le recul dû au grand âge de ce jeune retraité, il a vu la société évoluer, pas toujours en bien d’ailleurs, mais pour lui les gamins ne changent pas : ceux d’il y a trente ans avaient déjà la fraîcheur et la spontanéité de ceux d’aujourd’hui. Partant du principe que l’on peut tout leur apprendre si les bases relationnelles sont bonnes et la confiance réciproque, il fonde sa pédagogie sur le rapport à l’autre, la proximité et un réel intérêt pour les enfants qui composent son auditoire. Son sens de l’humour et l’inventivité qu’il déploie pour aider ceux qui peinent à avancer lui valent de nombreuses visites de ses anciens élèves, même des années après qu’ils aient quitté sa classe, preuve s’il en est qu’il savait s’y prendre. Et ce sens de l’humour ne l’a jamais quitté. Il l’a même probablement aidé à affronter la réalité aux heures les plus sombres de son histoire personnelle.
Car Francis a une grande plaie, qui jamais ne cicatrisera. Les années passent, mais pour lui, c’est toujours comme si c’était hier. Vivien, l’aîné de ses deux fils aurait 27 ans aujourd’hui, si la vie n’en avait pas décidé autrement lors d’une triste journée de février 2006. Le camion qui a fauché la jeunesse de ce jeune homme brillant, venant juste de réussir son concours d’entrée à l’École normale supérieure, a également marqué à jamais son père, qui portera ce fardeau jusqu’à son dernier souffle. “Un accident con”, comme il dit. Trois simples mots qui résument l’abyssale tristesse paternelle. Mais grâce à son deuxième enfant, Quentin, et à la femme qui partage sa vie aujourd’hui, Francis continue d’avancer. Malgré tout…
Alors qu’il prend sa retraite, lui qui est né en septembre, va cette année, pour la première fois depuis ses 4 ans, pouvoir fêter son anniversaire sans se soucier de problèmes scolaires, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre du bureau du professeur. Aimant la pêche et la chasse, il jure de s’y employer pleinement. Et la propriété familiale de Mazières devrait également lui procurer un peu d’occupation. Légèrement casanier sur les bords, il se promet de trouver le temps de recevoir ses amis, les vrais, ceux qui étaient là quand il en avait tant besoin…
Alors “bon vent !” Francis, et comme le dit si bien la chanson, “Adieu, Monsieur le professeur. On ne vous oubliera jamais…”

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